ATLANTIS – Le nouveau ballet utopiste de Karl Alfred Schreiner au Theater-am-Gärtnerplatz

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Crédit photos : Marie-Laure Briane
Crédit photos : Marie-Laure Briane

Création mondiale du ballet Atlantis du chorégraphe Karl Alfred Schreiner au Theater-am-Gärtnerplatz. Le directeur du ballet nous propose sa vision de l’Atlantide, le célèbre monde disparu que les chercheurs d’utopie essayent de découvrir depuis que Platon a évoqué l’existence de ce sixième continent englouti.

Karl Alfred Schreiner a créé un ballet narratif pour une vingtaine de danseurs composé de deux parties antithétiques : dans la première, nous nous trouvons dans le monde clos et aseptisé d’un laboratoire de recherche scientifique. Les danseurs figurent une équipe de scientifiques, revêtus de combinaisons et de masques de protection, chargée d’examiner un être de nature inconnue (en fait une habitante de l’Atlantide dansée par Isabella Pirondi) qui est emprisonné et lié dans un caisson cylindrique transparent. Les mouvements contraints du corps de ballet expriment la raideur raisonnable d’une démarche scientifique soumise à des règles strictes. L’équipe de chercheurs est contrôlée par un chef de projet (Thomas Martino) qui officie depuis une cabine de commandes. Les décors de Julia Müer et Heiko Pfützner avec leurs nombreux rails de spots d’éclairage descendus des cintres évoquent le monde aseptisé, hyper ordonné et technocrate de la recherche scientifique. Un des chercheurs, dansé avec un talent époustouflant par Luca Seixas, enfreint les règles du laboratoire et parvient à s’approcher de la créature, fort séduisante au demeurant, et à la libérer de son caisson de protection et des liens qui la retiennent. Le contact avec la créature est extatique et libératoire,  et incite le chercheur à partir à la découverte de cet autre monde dont elle provient. Le long duo extatique dansé par Luca Seixa et Isabelle Pirondi (photo ci-dessous) est d’une extrême beauté chorégraphique et constitue un point d’orgue de la soirée.

En deuxième partie, les chercheurs revêtus de vêtements polaires sont en expédition dans une région de l’Arctique. La mer glacée est représentée par un immense film de plastique brillant et transparent qui recouvre toute la scène. Les chercheurs y circulent en canot pneumatique. L’Atlantide se trouve sous la surface glacée. Dans ce monde sous-marin, on rencontre une culture d’êtres vivants dont les lois sociales et organisationnelles ont peu de points communs avec le monde des humains. Dans ce monde utopique, l’empathie et l’amour ont force de lois. Des filets, dont l’architecture rappelle  les toitures des célèbres halles olympiques du parc olympique de Munich (Olympiapark), sont tendus au-dessus de la scène. Sur scène et dans les filets, la souplesse de la gestuelle des danseurs exprime métaphoriquement la miraculeuse harmonie qui forme la base des relations des habitants de l’Atlantide. Le chercheur rebelle  arrive dans ce monde étrange pour y mourir bientôt car son organisme n’est pas adapté aux conditions de vie de l’Atlantide. Les habitants du monde sous-marin l’entourent d’un large cercle pour lui rendre un hommage funèbre rempli d’amour et de compassion.

Les valeurs de deux mondes antagonistes sont mises en opposition dans ce ballet dans lequel Karl Alfred Schreiner aborde des thèmes toujours d’actualité, tels que l’étrangeté et l’aliénation, la collision entre différentes cultures et leurs interactions mutuelles: le monde des humains, leur soif inextinguible pour le savoir et leur technocratie sans merci et le royaume fantastique des habitants de l’Atlantide, un monde fabuleux, épris de paix, insondable, plein de mœurs et de rituels étranges.

D’extraordinaires musiques contemporaines accompagnent et soutiennent la danse, celles de Pēteris Vasks, Fredrik Gran, Fazil Say, Elena Kats-Chernin, Brett Dean et Erkki-Sven Tüür. Des musiques magnifiquement exécutées par l’orchestre du Theater-am-Gärtnerplatz placé sous la direction d’un Michael Brandstätter très attentif à la réussite de la coordination de la fosse d’orchestre et du plateau de danseurs.

Prochaines représentations: les 12, 16, 25 juin et le 7 juillet.

Luc Roger