Attila. Verdi. Lieja (francés)

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Livret : Temistocle SOLERA

ATTILA est un opéra en un prologue et trois actes, créé au Teatro La Fenice de VENISE le 17 mars 1846. VERDI n’ayant consacré que sept mois à sa composition, contrairement à certains autres ouvrages qui furent beaucoup plus laborieux, on peut donc penser que cette histoire et/ou ce personnage l’ont particulièrement inspiré. Il faut dire que celui que l’on surnommait « le fléau de Dieu » n’a laissé personne indifférent, qu’il s’agisse d’écrivains (Corneille, Boileau) de peintres (Le Caravage, Delacroix) ou de compositeurs (Ziani, Verdi). Ce fut un succès considérable car c’est une œuvre essentiellement sincère. Les hommes du Risorgimento ont pris la mesure de la notoriété de VERDI et ce dernier va se servir de sa musique pour créer une sorte d’électrochoc sur le public afin d’éveiller des passions.
C’est donc ce personnage, et cet ouvrage de VERDI, que l’Opéra Royal de Wallonie-Liège nous propose dans une production particulièrement intéressante que ce soit du point de vue de la distribution quasiment irréprochable, ou de la mise en scène de facture classique mais néanmoins inventive. Certains diront qu’il était facile à Ruggero RAIMONDI de mettre en scène ATTILA parce qu’il a plusieurs fois interprété ce rôle, mais c’est faux parce que ce sont deux métiers tout à fait différents. A l’heure où tout le monde (et n’importe qui parfois) se proclame metteur en scène, comment ne pas être prudent et attentif à cette nouvelle édition ? Le résultat est : pari gagné ! Bravo M. RAIMONDI pour avoir compris et retranscrit avec justesse toutes les facettes de ce personnage et de cette œuvre, dans un classicisme élégant (que certains pourraient traiter de ringard puisqu’il n’y a aucun élément provocateur et/ou choquant) qui lui confère une grande lisibilité dans le respect total des chanteurs.
Au niveau de l’interprétation vocale nous frôlons la perfection grâce à l’ensemble des interprètes. Ce n’est pas vraiment une surprise concernant Michele PERTUSI (ATTILA) qui a déjà maintes fois interprété ce rôle, compensant les graves profonds qui lui manquent quelquefois par une technique parfaite et une intelligence de chant remarquable. Le timbre est clair, le style racé, l’interprétation vocale et scénique est en parfaite adéquation avec l’écriture musicale : un beau et grand moment !

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A ses côtés nous découvrons une jeune soprano dramatique venue de Géorgie Maklava ASPANIDZE (ODABELLA), dans un des rôles les plus difficiles du répertoire verdien avec celui de Lady MACBETH. On peut saluer son engagement scénique remarquable, malgré une tendance à chanter « forte » et quelques aigus un peu forcés, l’interprétation globale restant tout à fait positive ; sans doute est-elle encore un peu jeune pour aborder ce rôle meurtrier qu’elle assume néanmoins brillamment jusqu’à la fin. Le baryton Giovanni MEONI (EZIO) nous offre une excellente prestation, sachant parfaitement restituer à la fois l’autorité et la détermination du rôle, avec une voix bien timbrée et riche d’harmoniques. Le ténor albanais Giuseppe GIPALI (FORESTO) nous gratifie d’un timbre d’une grande pureté, d’un chant stylé, d’une noblesse de ligne et d’aigus faciles ; exactement ce qu’on aimerait entendre plus souvent, alors que la priorité est actuellement au volume sonore sans trop d’égards pour le style.

Les chœurs, toujours très présents chez VERDI, sont particulièrement sonores mais très en place. Renato PALUMBO dirige cet ouvrage avec beaucoup de précision et un grand respect du rapport fosse-scène.
Un grand merci à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège d’avoir eu le courage de proposer, à onze ans d’intervalle, une seconde production d’un ouvrage qui n’est pas un des plus célèbres de VERDI mais qui nous entraine encore une fois dans un tourbillon d’émotions dont on ne sort pas indemne.

Attila :         Michele PERTUSI
Odabella :     Makvala ASPANIDZE
Ezio :        Giovanni MEONI
Foresto :    Giuseppe GIPALI
Uldino :        Papuna TCHURADZE
Leone :        Pierre GATHIER

Chœur et orchestre : Opéra Royal de Wallonie-Liège

Direction musicale :    Renato PALUMBO
Mise en scène :        Ruggero RAIMONDI
Costumes :        Laura LO SURDO
Décors :        Daniel BIANCO
Lumières :        Albert FAURA

Corinne LE GAC