Bernstein et Rutter au menu du premier concert Paradisi gloria de la saison

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Anu Tali. Crédit photographique BR / Erik Riikoja
Anu Tali. Crédit photographique BR / Erik Riikoja

Début de saison inspiré pour la série de concerts Paradisi gloria du Münchner Rundfunkorchester qui a connu sa première hier soir dans le beau cadre de l’Eglise du Sacré-Coeur de Munich (Herz-Jesu Kirche) avec les méditations pour violoncelle et orchestre extraites de la Messe (Mass) de Leonard Bernstein suivies du Requiem de John Rutter dirigées par la chef d’orchestre  estonienne Anu Tali. En solistes le violoncelliste solo de l’Orchestre de la radio de Munich Uladzimir Sinkevich et  la soprano Samantha Clarke. Les 45 choristes du  choeur Vita-Nova  complétaient cette belle programmation.

La Mass de Leonard Bernstein avait été commandée au compositeur trois ans après l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 par sa veuve, Jacqueline Kennedy, unie au compositeur et chef d’orchestre par  des liens d’amitié. Bernstein avait déjà écrit sa Symphonie n° 3, Kaddish,  à la mémoire du président. La Mass était  destinée à l’inauguration du John F. Kennedy Center for the Performing Arts de Washington le 8 septembre 1971. L’oeuvre pour célébrant, solistes (enfant, lyrique, rock, blues), trio de jazz, trois choeurs, bande magnétique, orchestre de chambre et grand orchestre symphonique demande la participation impressionnante de 246 personnes sur le plateau. On pourra l’entendre en fin de saison (première en juin 2020) au Theater-am-Gärtnerplatz de Munich qui a fait le pari de produire cette oeuvre gigantesque.  Leonard Bernstein avait écrit sa Messe alors que le Flower Power pacifiste du mouvement hippie était en pleine floraison  et qu’on en était au plus fort de la guerre froide. Peu orthodoxe au regard du rituel catholique, l’oeuvre de Bernstein se nourrit des questions existentielles mouvantes de l’époque. Cette production explosive convoque une diversité de styles musicaux : les choeurs d’église et le gospel, la dodécaphonie,  le rock’n’roll, le blues et le swing.

Les Méditations ponctuent la Messe à trois moments différents comme interludes instrumentaux. Bernstein en avait par la suite donné, en deux temps,  un arrangement pour violoncelle et orchestre : il avait en premier lieu arrangé les deux premières méditations et en avait confié la première exécution à Mstislav Rostropovich. Il avait ensuite composé l’arrangement de la troisième.

Avec ces trois méditations, le Münchner Rundfunkorchestrer et son soliste ont présenté l’aspect le plus intimiste de la Messe de Bernstein. Le biélo-russe Uladzimir Sinkevich, formé notamment à l’école de Yo-Yo Ma, en a donné une interprétation émouvante et inspirée.

John Rutter avait composé son Requiem à la mémoire de son défunt père, décédé en 1983. A l’instar de Britten, l’oeuvre bilingue mêle le rite gré­go­rien en latin et le rite angli­can en anglais, le texte anglais don­nant un carac­tère plus intime à l’œuvre, plus pro­che de l’audi­teur. Rutter a composé son Requiem de manière symé­tri­que: deux pièces classiques du rituel grégorien, Requiem et Lux eterna encadrent deux psau­mes (From the deep et The Lord is my she­perd), à l’inté­rieur des­quels il insère deux piè­ces consa­crées à Jésus (Pie Jesu et Agnus Dei). Au centre se situe le Sanctus en latin. Plus intimiste que dramatique et théâtral, le Requiem de Rutter est, contrairement à d’autres oeuvres du genre, une pièce comportant un message d’espoir, il organise un voyage des ténèbres vers la lumière et se caractérise par sa volonté d’apaisement et de consolation. On passe de l’atmosphère sombre et lugubre de l’angoisse de la mort, de l’affliction de la séparation à l’affirmation de la lumière.  L’oeuvre est magnifiquement rendue par le choeur munichois Vita-Nova-Chor qui s’est spécialisé, sans exclusive cependant, dans la musique contemporaine.

La récitante Pauline Werner a ponctué la soirée par la lecture de deux poèmes de Walt Whitmann,

Rediffusion du concert 

Le concert sera radiodiffusé le dimanche 1er décembre à 19H05 sur BR-KLASSIK.

Luc-Henri Roger