Cleopatra. Massenet. Marsella

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Poème de Louis PAYEN  Co-auteur du livret : Henri CAIEN Opéra de Marseille

jeudi 20 juin 2013

 Inclassable ! C’est le premier qualificatif qui me vient à l’esprit après avoir assisté à cette œuvre. Il s’agit à l’évidence d’un drame passionnel, mais le livret est si découpé (4 actes et 5 tableaux) que l’ouvrage y perd en qualité. Les unités de temps et d’action, pièces maitresses de la construction d’un ouvrage,   ne sont pas respectées ; il en découle un premier tableau qui frise le ridicule lorsqu’après un bref monologue très « machiste » Marc Antoine se jette sur Cléopâtre pour l’embrasser alors qu’il venait de jurer que cela ne lui arriverait jamais. Le second point « faible » est la musique, de qualité très inégale : faible en première partie elle arrive à nous tirer les larmes dans la scène finale de la mort des deux amants.

 Cette production marseillaise a néanmoins des atouts indéniables qui sont la distribution et la mise en scène. Ici très peu de décors puisqu’ils sont en grande partie remplacés par des projections vidéos du plus bel effet. Un voile très fin est dressé sur le devant de la scène permettant ainsi de projeter arbres, fontaines, colonnes… plus vrai que nature : le résultat est magique ! A cette beauté s’ajoutent de merveilleux costumes principalement composés de voiles pour les femmes, plus martiaux mais très seyants pour les hommes : un plaisir des yeux.

 Les yeux ne sont pas les seuls à être à la fête puisque la distribution est là pour ravir nos oreilles.

La belle Cléopâtre est incarnée par la superbe Béatrice URIA-MONZON qui ne se contente pas d’être belle ; le timbre est chaud, riche, le chant sensuel à l’extrême. Sa première partie est un peu réservée mais c’est pour mieux nous faire apprécier sa scène finale où elle meurt avec grand art. A ses côtés Marc Antoine, sous les traits du baryton canadien Jean-François LAPOINTE, lui donne la réplique avec panache. La voix est ample, puissante mais maîtrisée, bien timbrée ; il distille l’art du chant français comme nous aimerions l’entendre souvent. Côté perfection de la diction nous sommes très gâtés avec le ténor Luca LOMBARDO qui à défaut d’être un bon acteur sait rendre grâce à cette partition ; la voix est claire et distincte, les aigus francs et contrôlés. L’autre personnage féminin est Octavie, chantée par Kimy MC LAREN qui avait déjà fait forte impression lors de sa précédente apparition dans LE CID sur cette même scène marseillaise. On ne peut que tomber sous le charme de sa voix (et de son physique) et on a parfois l’impression de côtoyer les anges en l’entendant. Tous les autres rôles sont parfaits avec là aussi une mention spéciale pour la très bonne prononciation de la langue française.

L’orchestre est placé sous la direction de Lawrence FOSTER, qui a la lourde tâche de rendre cette partition intéressante. Il y arrive avec beaucoup de talent et nous devons l’en remercier.

 En conclusion, un ouvrage qui ne restera pas dans les mémoires mais en revanche une superbe production très bien chantée.

 

 Corinne Legac