Crítica de Le Mague Massenet

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Bravo à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne d’avoir eu le courage d’afficher (en version concert) un ouvrage qui n’a plus été joué depuis 121 ans ! Le but de cette biennale, qui en est à sa 11ème édition, est de nous faire découvrir (ou redécouvrir) des œuvres peu jouées ou totalement oubliées (souvent injustement comme c’est le cas pour celle-ci), sans que l’on sache pourquoi : question de mode peut-être ?

Quel plaisir immense, quel véritable choc, à l’écoute de cette fresque : sur scène près de 150 exécutants  nous tiennent en haleine pendant 2 h 40 ! On est pris dans un tourbillon intense, emporté par cette musique incroyable superbement dirigée par Laurent Campellone. Il ne s’agit pas d’un simple concert mais d’un véritable évènement qui nous a été offert par l’ensemble des participants. La partition écrite pour le chœur a été incontestablement influencée par Wagner, alors que la partie solistes nous plonge totalement dans ce que l’on appelle « Le Grand Opéra à la Française » en désignant des ouvrages tels que LE PROPHETE, LE CID, LA JUIVE, HERODIADE, SAMSON ET DALILA…

 

Le succès de cette représentation revient également aux solistes, et surtout au ténor Luca Lombardo. Ce dernier, bien qu’étant victime d’une laryngite quelques jours avant la première représentation, a tenu à assurer le rôle (il est le seul à le chanter en France). Il a été exemplaire dans son chant, dans son phrasé et la précision de sa prononciation, s’appuyant sur une technique irréprochable qui est venue à son secours quelquefois lorsque sa voix semblait le trahir. Ce rôle est d’une difficulté extrême et l’on comprend qu’il y ait peu de ténors assez courageux pour oser l’aborder (idem pour les directeurs d’opéra !). Il était superbement entouré et notamment par ses deux partenaires féminines ; Kate Aldrich (mezzo-soprano) et Catherine Hunold (soprano dramatique), toutes les deux d’une grande expressivité et complètement passionnées, rivalisant de difficultés vocales. Comment ne pas penser à AIDA en voyant ses deux femmes s’affronter pour l’amour du même homme ? On ne doit pas oublier le baryton Jean-François Lapointe, dont le rôle semble un peu moins difficile à chanter, et qui a été parfait.

Je voudrais décerner une mention spéciale à deux jeunes chanteurs, qui n’ont que peu l’occasion de s’exprimer dans cette œuvre, mais l’ont fait avec beaucoup de professionnalisme. Il s’agit de Julien Dran (ténor) et de Florian Sempey (baryton). Ce dernier notamment nous a révélé un timbre superbe, profond, ample, et une puissance vocale assez impressionnante chez un chanteur de seulement 25 ans : à suivre !

 

J’espère que cet ouvrage ne devra pas encore attendre plus de 100 ans avant d’être présenté sur une scène ; ce serait vraiment regrettable parce que c’est un véritable chef d’œuvre comme on a peut l’habitude d’en voir et il serait dommage d’en priver le public.

Corinne