Feuersnot. R. Strauss. Palermo. Opera World

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Feuersnot,-Chiara-Fracasso,-Anna-Maria-Sarra,-NBC,-Christine-Knorren3

Palerme célèbre Richard Strauss et les feux de l’amour
par Laurent Bury


 

Dans l’Allemagne du Moyen-Age, une demoiselle repousse les avances d’un jeune homme cependant qu’on danse autour d’eux une valse endiablée… Faust ? Non, ni Roméo et Juliette, malgré une scène de dialogue où la belle est au balcon. Non, le Teatro Massimo a choisi d’ouvrir sa saison sur un titre infiniment moins fréquenté :Feuersnot de Richard Strauss, donnant ainsi le coup d’envoi aux commémorations du cent-cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur. Coup d’envoi scénique, du moins, car Palerme s’est fait griller la politesse par New-York, où l’American Symphony Orchestra a récemment donné, mais en concert seulement, à Carnegie Hall, ce même Feuersnot. Riche idée, en tout cas, de présenter ce deuxième opéra de Strauss, qui aurait toute sa place au répertoire : si les premiers opéras de Wagner ne sortent que rarement de leur purgatoire, sans doute en grande partie parce qu’on les juge insuffisamment wagnériens, Feuersnot est tout à fait straussien, et ceux qui s’étonnent de voir l’aimable comédie duChevalier à la rose surgir de nulle part après les sombres tragédies que sont Salomé et Elektra trouveraient ici la réponse à leurs interrogations. Oui, Strauss avait déjà fait valser son orchestre, il savait déjà s’amuser en musique, et bien des moments de cet opéra semblent préfigurer ce que l’on entendrait dix ans plus tard. En tout cas, Feuersnot n’est pas l’œuvre d’un débutant, mais d’un compositeur qui n’avait plus rien à prouver dans le domaine du poème symphonique : le passage le plus connu de cet opéra est d’ailleurs la Liebesnacht pour orchestre seul.

Sur le plan musical, Palerme a fort bien fait les choses. Sous la baguette experte de Gabriele Ferro, l’orchestre du Teatro Massimo sonne à merveille, et ce n’est que justice si, lors des saluts, le chef fait monter sur scène tous les instrumentistes qui ont eu à défendre une partition où passent des souvenirs de Till l’espiègle et quelques parodiques échos wagnériens. Les chœurs du Massimo ont également fort à faire et s’acquitte remarquablement de sa lourde tâche, Strauss lui ayant confié un rôle qu’on retrouvera rarement dans les œuvres de sa maturité : les habitants de Munich – où se situe l’action – sont un des protagonistes essentiels de l’intrigue, à travers quelques personnages solistes, mais aussi à travers la foule qui commente constamment l’action, entre autres par la voix d’unKinderchor présent d’un bout à l’autre de l’opéra. La performance de tous les choristes, adultes et enfants, est ici à saluer. Les titulaires des nombreux personnages secondaires ont été choisis avec le plus grand discernement : on ne peut tous les citer, mais on admire en particulier les trois amies et de l’héroïne et quelques ténors très sonores, seul le père de Diemut semblant un peu effacé. Et l’on en vient aux deux héros de Feuersnot, deux rôles évidemment très lourds, pour lesquels Palerme a eu la main heureuse. Connue et reconnue par la superbe Salomé qu’elle a été un peu partout dans le monde, Nicola Beller Carbone triomphe sans mal du rôle de Diemut, à qui elle prête une silhouette juvénile et une voix claire idéalement appropriées. Dietrich Henschel a un rôle plus lourd à assumer, avec de longs monologues et des exigences inhumaines dans l’aigu, et il s’en tire haut la main, même si le timbre a désormais perdu un peu de son brillant.


© Studio Camera
 
 

Quant au spectacle réglé par Emma Dante, il nous réconcilie avec la metteuse en scène dont La Muette de Portici nous avait laissé plus que dubitatif. En fait, on retrouve dans Feuersnot un certain nombre d’éléments déjà présents dans le grand opéra d’Auber ou dans laCarmen qui avait marqué ses premiers pas dans le genre lyrique : le très long voile de mariée dans lequel Micaela se drapait à La Scala est ici tout à fait opportunément exploité, et le ruban rouge qui semblait bien dérisoire pour évoquer l’éruption du Vésuve à l’Opéra-comique est ici démultiplié, la trentaine de figurants-danseurs formant pendant la Liebesnacht mentionnée plus haut un véritable feu qui s’embrase peu à peu et dont on croit voir s’élancer les flammes. Surtout, Emma Dante sait faire évoluer la masse humaine présente en scène et réduit à l’essentiel une intrigue dont le contenu satirique anti-munichois ne nous touche plus guère. Même si l’on peut d’abord s’agacer du long prologue muet ajouté avant que retentissent les premiers accords de l’opéra, la présence de la troupe d’acteurs en costume moderne (Vanessa Sannino est bien plus inspirée cette fois que pour La Muette de Portici) confère une vie indéniable au spectacle et arrache salutairement l’œuvre au folklore bavarois. Ainsi présenté, Feuersnot apparaît comme un titre dont l’absence des scènes s’explique mal et que l’on aspire à revoir bientôt.

Richard STRAUSS

Feuersnot
Poème chanté en un acte, livret de Ernst von Wolzogen
Créé à l’Opéra de Dresde, le 21 novembre 1901

Mise en scène 
Emma Dante
Décors 
Carmine Maringola
Costumes
Vanessa Sannino
Lumières
Cristian Zucaro
Mouvements
Sandro Maria Campagna

Schweiker von Gundelfingen
Alex Wawiloff
Ortolf Sentlinger
Rubén Amoretti
Diemut
Nicola Beller Carbone
Elsbeth
Christine Knorren
Wigelis
Chiara Fracasso
Margret
Anna Maria Sarra
Kunrad
Dietrich Henschel
Jörg Pöschel
Michail Ryssov
Hämmerlein
Nicolò Ceriani
Kofel
Paolo Battaglia
Kunz Gilgenstock
Paolo Orecchia
Ortlieb Tulbeck
Cristiano Olivieri
Ursula
Irina Pererva
Ruger Asbeck
Francesco Parrino
Walpurg
Valentina Vitti
Ein grosses Mädchen
Francesca Martorana

Orchestre et choeur du Teatro Massimo
Direction musicale
Gabriele Ferro

Teatro Massimo, samedi 18 janvier 2014, 20h30

 
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