Colomba. Petit. Marseille

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COLOMBA, Opéra en 4 actes

Compositeur : Jean-Claude PETIT; Livret : Adaptation de Bénito PELEGRIN d’après la nouvelle de : Prosper MERIMEE

Désirant rester dans l’esprit qui a soufflé sur la Ville de MARSEILLE au titre de la Capitale de la Culture 2013, l’Opéra met un terme à cette série d’ouvrages consacrée à la Méditerranée avec cette création COLOMBA.

C’est toujours une grande responsabilité de passer commande d’une création à un compositeur, surtout lorsque ce dernier n’a jamais écrit d’opéras mais uniquement des musiques de films ; il s’agit là de deux styles bien différents et ce n’est pas parce qu’on excelle dans un genre que l’on va réussir dans l’autre. La preuve en est avec cet ouvrage qui aurait pu être un évènement, comme l’a été le « MARIUS ET FANNY » en 2007, mais dont le résultat a été très grandement plombé pour diverses raisons. Tout d’abord les nombreux précipités de la première partie, dus aux inévitables changements de décors sur une scène ne possédant pas de plateau tournant, qui auraient néanmoins parus moins longs s’ils avaient tous été agrémentés d’une musique. Ensuite, et je dirais même surtout, en raison d’une composition musicale pour le moins déconcertante. Je n’ai aucun doute sur les capacités de M. Jean-Claude PETIT à écrire de la belle musique, les nombreux films qui en ont bénéficiés le prouvent, mais se confronter à l’écriture lyrique demande d’autres qualités dont il n’a peut-être pas fait preuve dans cet ouvrage. Il est évident que l’on ne s’attend pas à assister à un ouvrage du génial VERDI, mais l’on espère néanmoins autre chose que ce que l’on a entendu. Peu de ligne mélodique, une musique ornée de fioritures précieuses et inutiles, poussant les voix dans leurs derniers retranchements et laissant l’orchestre les couvrir régulièrement. Il n’y a rien de positif à retenir là-dedans ; pas d’émotion, pas de violence, pas de romantisme, comme le suggère l’histoire : le vide absolu !

Les chanteurs ont bien du mérite à être crédibles, à faire passer quelques sentiments, et je tiens à les féliciter très sincèrement. La grande triomphatrice est Marie-Ange TODOROVITCH dans le rôle-titre de COLOMBA. Dès son apparition, toute vêtue de noir, elle fait peser tout le poids de cette « vendetta » dont la chape recouvrira toute l’œuvre à l’exception du tableau final.

Sa voix est mise à rude épreuve par la partition, mais elle fait valoir son timbre superbe et sa grande expérience lui permet de se tirer facilement de tous les pièges vocaux. Scéniquement aussi elle s’impose avec facilité dans ce magnifique rôle de la vocifératrice, manipulatrice, tissant sa toile autour de son frère pour l’amener à ce qu’elle veut : Sa Vengeance ! Dans le rôle de son frère Jean-Noël BRIEND en revanche parait bien pâle à ses côtés, que ce soit vocalement ou scéniquement. Le médium est agréable, bien que peu sonore, mais l’aigu a tendance à s’étrangler lorsqu’il est trop sollicité : dommage parce que le timbre est séduisant. Scéniquement il est totalement dominé par sa sœur, ce qui est normal, mais même auprès de sa fiancée Lydia il est par trop effacé. Pour le reste de la distribution on va du correct au pire ! Positivement on peut citer Lucie ROCHE, dont on aurait aimé que son rôle soit un peu plus étoffé, et Jean-Philippe LAFONT qui nous régale encore une fois dans un numéro tout en décontraction et fantaisie. Cet homme est un acteur né et il est un des rares sur le plateau à nous tirer de la torpeur dans laquelle nous plonge la partition. Très remarqués également Francis DUDZIAK qui s’impose facilement en Préfet et Cyril ROVERY qui nous donne une belle interprétation du bandit Giocanto. Le véritable point négatif de cette distribution est Jacques LEMAIRE qui nous gratifie d’un timbre particulièrement pénible à entendre, et en inadéquation totale avec le rôle du Maire Barricini.

Ce spectacle est heureusement très agréable à regarder grâce aux superbes décors, aux costumes très séduisants et appropriés, aux magnifiques lumières secondées par des projections vidéos qui nous font rêver. Le metteur en scène Charles ROUBAUD n’a certainement pas eu la tâche facile, mais il s’en sort avec talent comme toujours. Il me semble que la direction d’orchestre était correcte mais face à cette musique il est bien difficile de juger.

Je tiens néanmoins à remercier la Direction de l’Opéra de Marseille d’avoir eu le courage de passer commande d’une création, pari particulièrement risqué en cette période où des questions se posent sur l’avenir de la culture dans notre pays.

Corinne LE GAC

Interprètes :

Marie-Ange TODOROVITCH (Colomba)

Pauline COURTIN (Lydia))

Lucie ROCHE (Miss Victoria)

Jean-Noël BRIEND (Orso Della Rebbia)

Jean-Philippe LAFONT (Colonel Nevil)

Francis DUDZIAK (Le Préfet)

Jacques LEMAIRE (Le Maire Barricini)

Cyril ROVERY (Giocanto)

Direction musicale : Claire GIBAULT

Mise en scène : Charles ROUBAUD

Costumes : Katia DUFLOT

Décors : Emmanuelle FAVRE

Lumières : Marc DELAMEZIERE

Vidéos : Julien RIBES

Chœur et Orchestre de l’Opéra de MARSEILLE

Jeudi 13 Mars 2014