La Favorite. Donizetti. Toulouse

La-favorita.

Opéra en quatre actes

Compositeur : Gaetano DONIZETTI

Version originale française

Livret : Alphonse ROYER et Gustave VAEZ

L’Amour face au Pouvoir ! Cet opéra de DONIZETTI fut créé à Paris (Salle Le Peletier) le 2 décembre 1840 et le compositeur est à cet instant précis au sommet de sa maturité. Il a déjà connu le succès avec de très grands ouvrages tels que « ANNA BOLENA » « L’ELIXIR D’AMOUR » « LUCIA DI LAMMERMOOR » ou « ROBERTO DEVEREUX » et n’a donc plus rien à prouver, mais ce serait mal le connaître de penser qu’il va en rester là ! Non il va poursuivre son parcours musical et se lancer dans une nouvelle œuvre, dans la pure tradition du bel canto : « LA FAVORITE«.

L’action se situe au Moyen-âge sous le règne du Roi de Castille Alphonse XI. Ce dernier a pour « favorite » Léonor mais celle-ci est aimée de Fernand, jeune et valeureux capitaine de l’armée du Roi. Fernand ne sait rien du statut de Léonor et le Roi est prêt à renoncer à son trône pour épouser cette dernière. Le problème est posé, voyons comment les interprètes vont s’y prendre pour nous faire raconter cette histoire.

L’on pouvait craindre le pire de cette production compte tenu des nombreux changements de distribution, mais nous avons eu exactement le contraire : le meilleur !

Dans tous les ouvrages présentés sur une scène, le rôle le plus attendu est celui du ténor. Bien que cet opéra soit intitulé « La Favorite » la partition écrite pour le ténor est particulièrement redoutable et il fallait donc que ce dernier soit à la hauteur. Il l’a été et même au-delà de nos espérances : ce jeune chinois de 31 ans est plus que prometteur, il a déjà l’assurance d’un grand ! Non seulement il a un joli timbre, une superbe projection et une belle musicalité, mais il chante le français à en faire pâlir certains de nos compatriotes. Il y a bien quelques petites fautes de prononciation, très pardonnables, mais sa diction est claire et intelligible. De plus il arrive au bout de l’ouvrage dans un état vocal plus que correct et donne un dernier tableau remarquable : un nom à retenir.

A ses côtés la belle Léonor avait les traits de Kate ALDRICH ; sa prestation scénique est plus qu’honorable mais vocalement quelques réserves viennent un peu gâcher l’ensemble. Son timbre manque de consistance et ses graves sont trop souvent aux abonnés absents.

Le grand triomphateur a été incontestablement Ludovic TEZIER dans le rôle du Roi Alphonse. Est-il nécessaire et indispensable de revenir sur la beauté du timbre, l’articulation parfaite, la prosodie exemplaire, la musicalité magnifique… ? Sa première partie a été chantée à la limite de la perfection et le public ne s’y est pas trompé en lui réservant une ovation très méritée. Dieu que le chant français est beau lorsqu’il trouve un tel interprète !

Le prêtre Balthazar est prévu pour une basse mais dans cette production nous avons plutôt entendu un baryton-basse. Le timbre manque d’épaisseur et les graves lui posent souvent des problèmes ; néanmoins il connait parfaitement le rôle et sait exprimer la complexité du personnage.

La production est belle, ce qui devient assez rare pour être souligné, mise à part cette valise qui n’a vraiment pas sa place sur scène ! Les costumes oscillent entre magnifiques et surprenants ; pourquoi manque-t-il des manches aux robes des dames ? C’est la crise !?!

Le seul véritable point négatif, à mon avis, revient au chef d’orchestre. Le volume sonore de la phalange est souvent à la limite de l’acceptable. Il y a aussi des choix de tempis assez discutables qui ont notamment mis en difficulté le baryton lors de son aria de l’acte 2 ; le chœur en revanche était très en place, comme souvent.

Corinne LE GAC

Interprètes :

Kate ALDRICH (Léonor)

Ludovic TEZIER (Alphonse XI)

Yljie SHI (Fernand)

Giovanni FURLANETTO (Balthazar)

Marie-Bénédicte SOUQUET (Inès)

Alain GABRIEL (Don Gaspar)

Direction musicale : Antonello ALLEMANDI

Mise en scène : Vincent BOUSSARD

Costumes : Christian LACROIX

Lumières : Guido LEVI

Décors : Vincent LEMAIRE

Chœur et orchestre du Capitole de TOULOUSE

Dimanche 19 février 2014