La Traviata. Verdi. Marseille

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Opéra en trois actes
Compositeur : Giuseppe VERDI
Livret : Francesco Maria PIAVE

« La Traviata a fait hier un grand fiasco. Pire que cela, les gens ont ri ! » Voici ce qu’écrivait Giuseppe VERDI au lendemain de la première représentation de LA TRAVIATA au Théâtre de La Fenice de VENISE en Mars 1853. En fait le public n’a pas ri de l’ouvrage lui-même, mais surtout de son interprète principale qui était parait-il « un peu trop dodue physiquement » et donc peu crédible scéniquement. Persuadé qu’il tenait là un chef d’œuvre, VERDI se remit au travail et décida de superviser toutes les conditions dans lesquelles son ouvrage serait représenté ; c’est ainsi qu’il obtint enfin le succès le 6 Mai 1854 et toujours à VENISE !
Dans cette nouvelle production de l’Opéra de MARSEILLE point de dames « trop dodues » ! Nous avons ici affaire à de superbes femmes, dignes d’être mannequins, mais aussi d’excellentes chanteuses et interprètes : que demander de plus ?

Dans la 1ère distribution (jeudi 19 Juin) Violetta est interprétée par Zuzana MARKOVA, que nous avions découverte précédemment sur cette même scène dans le rôle de Lucia di LAMMERMOOR. Elle avait subjugué le public non seulement par son physique mais aussi et surtout par son chant. Ce soir elle renouvelle l’exploit en nous régalant de ses pianissimi murmurés mais néanmoins parfaitement audibles. Quelle finesse, quelle délicatesse, quel légato magnifique ! En étant très sévère on pourrait lui reprocher un léger manque de conviction et une approche un peu superficielle du rôle, mais est-ce vraiment un défaut : peut-être le ressent-elle ainsi ? Pour ce qui est de son partenaire Théodor ILINCAI, le problème est tout autre. Nous avions beaucoup aimé son interprétation dans le ROMEO ET JULIETTE de GOUNOD il y a 3 ans, mais les années n’ont pas du tout été favorables au développement de sa voix. Celle-ci a fortement gagné en largeur l’obligeant à chanter en force, étant ainsi en totale contradiction avec cette partition qui demande beaucoup de douceur et de finesse. Dommage parce que le timbre est séduisant mais l’acteur est également très gauche ; en le voyant si emprunté sur scène on se demande s’il a véritablement assuré toutes les répétitions nécessaires au bon déroulement d’un ouvrage. Le conseil qu’on pourrait lui donner est de changer de répertoire, de se lancer dans des œuvres réclamant beaucoup de puissance : il serait à l’heure actuelle beaucoup plus à l’aise dans AIDA que dans cet opéra. Heureusement à ses côtés nous retrouvons, avec toujours beaucoup de plaisir, un extraordinaire Jean-François LAPOINTE dans le rôle du père GERMONT. Son apparition se fait tout en douceur, presque timidement, puis il gagne en assurance et nous délivre le meilleur de son chant. La voix est saine, ronde, flexible, caressante, charmeuse. La technique frôle la perfection et le jeu tout en finesse rend le personnage beaucoup plus sympathique que dans le livret : du beau travail ! Je souhaite saluer l’ensemble des artistes interprétants les rôles que l’on pourrait qualifier de « secondaires » mais qui n’en sont pas. Qu’il s’agisse de Flora, du Baron ou du Docteur, ils étaient parfaitement crédibles aussi bien scéniquement que vocalement : bravo à tous.
Bravo aussi au chœur de l’Opéra de MARSEILLE, qui est toujours magnifiquement présent lorsqu’il s’agit de mettre en valeur un chef d’œuvre du répertoire. Côté mise en scène, pas de gros reproches si ce n’est cette fête chez Flora qui détonne par rapport au raffinement et à l’élégance des autres actes. Ici il y a de la trivialité et même de la vulgarité dans le comportement de Flora ou la chanson de Piquillo illustrée par un personnage aussi ridicule que choquant. Heureusement que les somptueux costumes et les très élégants décors nous faisaient un peu oublier ce moment. Je n’ai pas vraiment été convaincue par la direction d’orchestre ; après avoir donné une ouverture d’une grande banalité nous avons eu droit à de nombreux décalages dans le premier acte et même des grands moments de « blancs » où tout le monde se regardait sans arriver à enchainer. La suite a été plus agréable à entendre sans toutefois atteindre des sommets.

Dimanche 22 Juin, pour la seconde distribution, nous avons assisté à une représentation beaucoup équilibrée surtout grâce au ténor Bülent BEZDUZ. Voilà une voix parfaitement adaptée au rôle et une énergie qui fait plaisir à voir et à entendre. Il a la fouge du jeune homme qui tombe follement et sincèrement amoureux de cette belle Violetta et il sait parfaitement l’exprimer aussi bien vocalement que scéniquement. Le timbre est clair et agréable, la technique déjà très au point, même s’il reste encore quelques petites corrections à apporter. 

Il a certainement été très inspiré par sa belle partenaire Mihaela MARCU, mais qui ne le serait pas ? Elle conjugue tout ce que l’on peut rêver sur une scène d’opéra : la beauté physique, le timbre léger et musical – hormis un problème de vocalises difficiles qu’elle parviendra certainement à résoudre avec un peu de travail – sans oublier une réelle présence sensuelle qui fait qu’elle incarne si bien cette malheureuse héroïne : à revoir avec grand plaisir !
Jean-François LAPOINTE a été aussi bon que jeudi soir avec peut-être encore plus d’expression scénique, le rendant parfaitement crédible. Tous les autres interprètes ont également été très à leur place et même la direction d’orchestre m’a semblé beaucoup plus impliquée avec pour résultat une très belle soirée.

En conclusion une fin de saison très réussie, avec pourtant un ouvrage vu et revu, mais que nous avons eu l’impression de découvrir grâce au talent des interprètes : qu’ils en soient remerciés.

traviatamarsella2Corinne LE GAC

 

 1ère distribution (jeudi 19 juin 2014) :

Zuzana MARKOVA (Violetta)
Teodor ILINCAI (Alfredo Germont)

2ème distribution (dimanche 22 juin 2014) :

Mihaela MARCU (Violetta)
Bülent BEZDUZ (Alfredo Germont)

Sophie PONDJICLIS (Flora)
Christine TOCCI (Annina)
Jean-François LAPOINTE (Giorgio Germont)
Jean-Marie DELPAS (Le Baron)
Alain HERRIAU (Le Docteur)

Direction musicale : Eun Sun KIM
Mise en scène : Renée AUPHAN (Assistante : Chantal GRAF)
Costumes : Katia DUFLOT
Lumières : Roberto VENTURI
Décors : Christine MAREST

Chœur et orchestre de l’Opéra de Marseille