La Wally. Catalani. Genève

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lawally

“Photo : Carole PARODI”.

Opéra en quatre actes 

Compositeur :Alfredo CATALANI; Livret : Luigi ILLICA

 

« Ebben, ne andro lontana… » Qui ne connaît pas cet air, rendu célèbre notamment par le film « Diva » de Jean-Jacques BEINEX en 1981 ? En revanche, qui connaît cet ouvrage dans sa totalité ? On peut penser honnêtement que peu de personnes ont déjà eu l’occasion de le découvrir et c’est une belle idée, de la part du Grand Théâtre de Genève, de nous le proposer. Tout d’abord cette œuvre ne se limite pas à cet air, certes superbe, mais elle nous permet de découvrir une musique d’une réelle puissance dramatique surtout dans les deux derniers actes. Alfredo CATALANI, mort prématurément à l’âge de 39 ans, était un compositeur encore influencé par le romantisme mais dont l’écriture musicale annonçait déjà le vérisme. Hormis le premier acte qui est assez médiocre musicalement parlant, l’ouvrage gagne en puissance pour atteindre son paroxysme dans le dernier acte et l’on ne peut s’empêcher de penser à la mort de Manon LESCAUT de PUCCINI : la ressemblance est évidente ! Le personnage de Wally est inspiré d’une femme ayant réellement existé et dont la légende a par la suite enjolivée la réalité. Anna STAINER-KNITTEL (1840-1910) était une peintre autrichienne qui fut rendue célèbre pour avoir un jour dérobé un petit dans le nid d’un aigle au flanc d’une falaise particulièrement escarpée. Elle inspira la romancière Wilhelmine VON HILLER pour son roman « La Wally aux vautours » dont le librettiste Luigi ILLICA s’inspira ensuite pour écrire le livret de ce qui allait devenir « LA WALLY ».

L’histoire est assez simple à résumer : il s’agit des amours contrariés d’une jeune fille qui aime un jeune homme, mais dont le père a décidé de la marier à un autre. Elle refuse, quitte sa maison pour se réfugier dans la montagne, où elle se laissera mourir après avoir perdu l’amour de sa vie dans une avalanche.

La production du Grand Théâtre de Genève est très facile à comprendre, pour ne pas dire simpliste par moments. Parmi les mises en scène actuelles nous avons environ deux possibilités : soit une relecture totale et donc souvent peu respectueuse de l’œuvre, soit une vision très traditionnaliste qui peut paraître « ringarde » pour certaines personnes. Ici pas de révolution, mais au contraire un choix très naïf et même un peu trop. On a souvent l’impression d’assister au spectacle de fin d’année d’une école primaire, avec des décors en carton-pâte que l’on déplace manuellement au fur et à mesure des besoins. Rien ne manque, qu’il s’agisse des montagnes du Tyrol ou de la place du village, sans oublier les chasseurs portant un gros ours en peluche attaché par les pattes. Le clou de l’ouvrage aurait pu être spectaculaire avec le déclenchement de l’avalanche, mais l’effet tombe à plat puisque l’héroïne se laisse doucement glisser sur une plaque blanche censée représenter un glacier. Le plus pénible restant quand même le changement de décors à rideau ouvert entre le premier et le deuxième acte : quelle idée saugrenue qui n’apporte rien à l’action, au contraire ! Quant aux interprètes ils sont encore une fois de plus livrés à eux-mêmes, faute de direction d’acteurs. 

Heureusement que vocalement nous sommes beaucoup plus à la fête. La preuve est faite que l’on peut représenter un ouvrage inconnu avec des chanteurs presque inconnus. Qu’il s’agisse du rôle de WALLY ou de celui d’HAGENBACH ils ont tous les deux à faire face à une partition redoutable, surtout en fin d’ouvrage, mais dont ils savent éviter les nombreux écueils. La soprano fait preuve d’une voix parfaitement en place, solide, d’un timbre qui n’est pas le plus séduisant mais dont elle use avec intelligence et facilité. L’interprète est totalement possédée par le rôle et termine l’ouvrage vocalement un peu fatiguée mais en faisant preuve de courage et de ténacité. Son partenaire, le ténor coréen LEE, était annoncé souffrant mais cet ouvrage ne lui a posé aucun problème. Il projette ses aigus fièrement, semblant défier cette partition qui est loin d’être facile. Il ne se ménage pas et son chant tout en force lui permet d’arriver à la fin de l’œuvre relativement en bon état. Il faut espérer que cette énergie, qu’il ne contrôle pas vraiment, ne se retournera pas contre lui. Les autres rôles sont également tenus avec vaillance ; le père de WALLY interprété par Balint SZABO nous laisse entendre une belle voix de basse disposant d’aigus clairs et faciles mais de graves non engorgés. Le baryton Vitaliy BILYY fait preuve d’une solidité vocale assez impressionnante. Sa tessiture très étendue lui permet d’atteindre des notes aigues dignes d’un ténor, sans être au détriment de ses graves toujours présents et bien affirmés. Une mention toute spéciale à la formidable interprète du rôle de WALTER, dont le joli timbre et la technique frôlant la perfection ont été un atout majeur dans cette représentation. On ne peut que regretter la brièveté du rôle d’Afra qui ne nous permet pas d’entendre plus longuement la belle voix de son interprète.

Rien à reprocher au chœur qui a parfaitement tenu sa place, ni à la direction d’orchestre dont la précision a fait merveille.

Un grand merci à la Direction Artistique du Grand Théâtre de Genève d’avoir eu le courage de nous faire découvrir cet opéra, tout en espérant que d’autres maisons l’imiteront.

 

Corinne LE GAC

Samedi 28 juin 2014

Morenike FADAYOMI (Wally)

Yonghoon LEE (Giuseppe HAGENBACH)

Balint SZABO (Stromminger)

Vitaliy BILYY (Vincenzo GELLNER)

Ivanna LESYK-SADIVSKA (Walter)

Ahlima MAHAMDI (Afra)

Direction musicale : Evelino PIDO

Mise en scène : Cesare LIEVI

Décors et Costumes : Ezio TOFFOLUTTI

Lumières : Gigi SACCOMANDI

 

 

Chœur du Grand Théâtre de Genève

Orchestre de la Suisse Romande