Le Roi d'Ys. Lalo. Marseille

Roy-d´Is.-Masella

Opéra en 3 actes 

Compositeur :Edouard LALO; Livret : Edouard BLAU

Encore un ouvrage qui fait appel à l’un des schémas les plus répandus dans l’art lyrique : l’amour contrarié !

Edouard LALO a composé un grand nombre de musique orchestrale, de chambre et vocale ainsi qu’un ballet (NAMOUNA) ; pour ce qui concerne les œuvres lyriques on en compte seulement 2 : FIESQUE (1866) et LE ROI D’YS (1886). Pour ce second ouvrage il entreprend une première composition entre 1875 et 1878, mais devant le peu de succès obtenu il se remet au travail et c’est donc la version définitive de 1886 qui sera présentée au CHATELET et connaîtra enfin le triomphe. A partir de ce moment l’œuvre sera jouée sur les plus grandes scènes d’Europe mais également aux Etats-Unis avec notamment une série de représentations mémorables au Métropolitan Opéra de NEW-YORK en 1922. Comme de nombreux autres ouvrages français, et sans que l’on sache vraiment pourquoi, LE ROI D’YS disparait de l’affiche des Théâtres et ne sera que trop rarement joué au cours de ces 60 dernières années.

Dans notre région nous avons pu l’entendre à l’Opéra d’AVIGNON en 1980 (VILMA, GARNER, VANZO, MASSARD, THAU) et au Festival de CARPENTRAS en Juillet 1984 (LINOS, MI KIM, VANZO, FONDARY, THAU). La dernière fois qu’il a été représenté à l’Opéra de MARSEILLE c’était en Mars 1994 (DENIZE, CHANOYAN, LOMBARDO, FONDARY, CHRIS DE MOOR) mais on a pu l’entendre très récemment à l’Opéra Théâtre de SAINT-ETIENNE et à TOULOUSE.

L’histoire est très simple et pourrait se résumer ainsi : 2 sœurs sont amoureuses (sans le savoir) du même homme. Néanmoins l’une des deux (Margared) étant la fille ainée du Roi, doit être mariée au prince Karnac afin de préserver la paix du royaume. Hélas son cœur est déjà pris par Mylio, un ami d’enfance qui a disparu depuis longtemps. Elle confie son désespoir à sa jeune sœur Rozeen sans savoir que cette dernière est également éprise de Mylio. Le jour du mariage entre Margared et Karnak, Rozenn prévient sa sœur que Mylio est de retour et cette dernière refuse alors de se marier. Karnac est fou de rage devant cet affront public et menace de déclarer à nouveau la guerre ; il jette son gant au Roi mais Mylio apparait relevant ainsi le défi.

Les hostilités se préparent et le Roi promet la main de Rozeen à Mylio s’il remporte la victoire ; Margared ayant été témoin de ce serment laisse éclater sa colère et jure de se venger. Mylio est vainqueur de Karnac mais ce dernier peut compter sur l’aide de Margared pour préparer sa vengeance. Le mariage de Rozeen et Mylio se prépare mais Margared entraîne Karnac vers les écluses afin de noyer la ville ; réalisant avec terreur les conséquences de son geste, elle affirme que l’eau continuera de monter sauf si une victime est offerte à Saint-Corentin patron de la ville. Profitant de l’affolement général elle monte sur un promontoire et se jette dans les flots déchainés : Saint-Corentin apparaît alors et la mer se retire, laissant le peuple rendre grâce à Dieu.

Il ne doit jamais être facile de mettre en scène un ouvrage très peu joué. Jean-Louis PICHON nous propose une version claire et lisible, que certains trouveront peut-être simpliste, sachant ainsi éviter une « relecture » iconoclaste trahissant souvent l’oeuvre. Il y a bien évidemment certains éléments dont on pourrait se passer : je pense notamment à l’apparition des portraits des futurs mariés (totalement inutile et ridicule) ou à « l’étreinte sauvage » entre Margared et Karnac (risible). Pour ce qui est du reste, les mouvements des chœurs ou des solistes doivent tenir compte de l’étroitesse de la scène occupée par un décor qui peut paraître envahissant mais qui n’en est pas moins très représentatif du lieu. En revanche, les couleurs monotones des costumes, à l’exception de Karnac et sa troupe, ne sont pas du meilleur effet, lassant l’œil rapidement. 

Vocalement parlant nos oreilles sont plutôt à la fête avec une distribution très homogène. Côté femmes, je dirais « égalité » entre Béatrice URIA-MONZON (Margared) et Inva MULA (Rozeen), chacune interprétant sa partie avec beaucoup de conviction. Les voix sont très adaptées aux rôles, les sentiments bien exprimés, avec néanmoins un petit reproche concernant l’intelligibilité du texte parfois gâchée par une prononciation approximative.

Pour ce qui concerne les voix masculines, nous avons droit à un superbe trio regroupant Nicolas COURJAL (Le Roi), Florian LACONI (Mylio) et Philippe ROUILLON (Karnac). Il est très rare de trouver 3 interprètes d’un même niveau et c’est ici le cas. Nicolas COURJAL nous laisse entendre un timbre particulièrement sonore avec néanmoins un magnifique contrôle de son émission ; la projection est parfaite, la voix est chaude et ronde, les nuances bien marquées. Dans le rôle du « méchant » Philippe ROUILLON est véritablement terrifiant, avec un timbre très mordant en parfaite adéquation avec l’écriture vocale. J’ai gardé le meilleur pour la fin, celui que tout le monde attend : le ténor ! C’est un réel et grand plaisir d’entendre une grande et belle voix de ténor français en la personne de Florian LACONI. L’émission est très claire, les nuances parfaitement marquées, les demi-teintes correctes et les aigus éclatants. La très fameuse aubade « vainement ma bien-aimée… » est distillée avec raffinement et suavité, de même que le duo final nous laisse entendre une quinte aigue très spectaculaire. Il est également indispensable de préciser que le sur-titrage est presque inutile pour ces trois interprètes, tant leur diction est parfaite.

Enfin le dernier, et non le moindre, protagoniste et triomphateur de cet ouvrage reste le chef d’orchestre américain Lawrence FOSTER, dont l’amour pour la musique française n’est plus à démontrer. Une fois encore il s’investit à 100% dans cette partition dont il arrive à tirer le meilleur et la rendre intéressante, même dans les moments de faiblesse. Il sait galvaniser l’orchestre, qui répond parfaitement à ses directives et le résultat est parfait ; il faut noter également le bon travail des chœurs, élément important dans cette œuvre.

Il me reste à remercier notre Directeur Maurice XIBERRAS d’avoir encore une fois pris le risque de monter un ouvrage trop peu joué avec une distribution idéale : bravo !!!

 

Corinne LE GAC

 

Interprètes : 

Béatrice URIA-MONZON (Margared)

Inva MULA (Rozeen)

Florian LACONI (Mylio)

Philippe ROUILLON (Karnac)

Nicolas COURJAL (Le Roi)

Patrick DELCOUR (Saint-Corentin)

Marc SCOFFONI (Jahel)

 

Direction musicale : Lawrence FOSTER

Mise en scène : Jean-Louis PICHON

Costumes : Frédéric PINEAU

Décors : Alexandre HEYRAUD

Lumières : Michel THEUIL

Chœur et orchestre de l’Opéra de MARSEILLE

Jeudi 15 Mai 2014