Lucia di Lammermoor. Donizetti. Marseille

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lucialam
Opéra en trois actes
Compositeur : Gaetano DONIZETTI
Livret : Salvatore CAMMARANO
Samedi 1er février 2014
Roméo et Juliette en Ecosse! Ainsi pourrait-on sous titrer cette œuvre de DONIZETTI composée entre Mai et Juillet 1835 d’après le roman de Walter SCOTT (« La Fiancée de Lammermoor ») et créée au San Carlo de NAPLES le 26 Septembre de la même année.
L’action se déroule à la fin du XVIème siècle en Ecosse ; elle relate une tragique histoire d’amour contrariée par la jalousie de deux familles (les Ashton et les Ravenswood). Deux jeunes gens s’aiment (Lucia Ashton et Edgardo Ravenswood) mais le frère de Lucia (Enrico) voudrait lui faire épouser un riche seigneur (Lord Arturo) afin de sauver leur famille de la ruine. Lucia en proie à de sombres pressentiments demande à Edgardo d’être patient et de ne pas hâter sa demande en mariage auprès de son frère Enrico. Avant de partir pour la France, Edgardo donne à Lucia un anneau symbolisant leur amour éternel. De longs mois s’écoulent sans que Lucia ne reçoive de nouvelles de son fiancé; le responsable de ce silence est son frère qui a intercepté toutes les lettres d’Edgardo afin de faire croire à Lucia que ce dernier l’a oubliée. Profitant du chagrin de sa sœur, Enrico organise rapidement son mariage avec Arturo. Lucia rappelle à son frère qu’elle est déjà promise à Edgardo mais Enrico lui dévoile une fausse lettre prouvant l’infidélité de ce dernier : Lucia désespérée accepte le mariage. Les invités accueillent Arturo, Enrico fait signer à Lucia le contrat de mariage, mais Edgardo surgit et révèle leur serment. Trop tard ! Enrico lui montre le contrat signé et ce dernier reprend l’anneau donné à Lucia avant de s’enfuir en la maudissant. Les festivités reprennent mais elles seront de courte durée puisque Lucia apparait, maculée du sang de son mari qu’elle vient d’assassiner, avant de sombrer dans la folie. Confondant son frère avec Edgardo elle implore son pardon avant de mourir. Edgardo revient, bien décidé à se venger d’Enrico, mais lorsqu’il arrive le glas sonne, annonçant la mort de Lucia. Ne pouvant supporter de vivre sans elle il se poignarde en prononçant le nom de celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer.
M’inspirant du discours du Directeur de l’Opéra de Marseille Maurice Xiberras (j‘espère qu‘il ne m‘en tiendra pas rigueur) au sujet du spectacle vivant qui nous réserve souvent de bonnes surprises mais parfois aussi de mauvaises, nous étions dans ce second cas de figure samedi soir. En effet, quelques minutes avant de regagner la fosse d’orchestre, le maestro Alain Guingal a été victime d’un grave malaise cardiaque nécessitant son transport à l’hôpital. Cette nouvelle a jeté un froid sur la soirée mais une autre question s’est rapidement posée : qu’allait-il se passer ? La représentation allait-elle être annulée, un remplaçant serait-il trouvé à temps ? Dans notre malheur nous avons eu beaucoup de chance puisque le chef des chœurs Pierre Iodice a très courageusement accepté de diriger l’ouvrage : qu’il en soit vivement remercié ! Bien évidement cela ne s’est pas fait sans quelques décalages et différences de tempis entre les solistes et l’orchestre, mais dans l’ensemble nous avons assisté à une belle direction musicale.
Vocalement parlant il y avait aussi de la fébrilité chez les solistes. Difficile d’endosser le rôle de Lucia sans que l’on fasse référence à de prestigieuses cantatrices du passé, ou d’autres plus proche de nous, qui ont énormément marqué ce rôle. Pourtant nous pouvons inscrire le nom de Burcu Yuar parmi ceux de ses ainées tant sa prestation a été remarquée et remarquable. Le timbre est rond, velouté, charnu, la ligne de chant précise et l’interprète magnifique. Burcu Yuar n’a rien de la jeune fille rêveuse et candide que nous avons souvent l’habitude de voir sur scène. Elle incarne plutôt une femme amoureuse mais réfléchie, ce qui ne l’empêchera pas de sombrer dans la folie lorsqu’elle prendra conscience de la trahison et de la manipulation de son frère à son égard. Ici pas de gesticulation exagérée, mais au contraire une douleur profonde et si intense que nous pouvons la ressentir : un nom à retenir ! A ses côtés se tient un frère brutal, à la limite du sadisme, parfaitement incarné par le baryton albanais Gézim Myshketa. Certain pourront lui reprocher cette violence vocale qui le rapprocherait un peu d’un Scarpia, mais pourquoi pas ? Dans l’œuvre ce personnage est loin d’être un ange ; il est un manipulateur prêt à « vendre » sa sœur pour éviter la ruine de la famille : pourquoi ne serait-il pas brutal ? Son interprétation vocale est juste et son timbre bien marqué, sans parler de son jeu terrifiant. Pour apaiser toute cette brutalité il y a heureusement Nicolas Testé dans le joli rôle de Raimondo, le prêtre et confesseur de Lucia. Dès son entrée on ressent un grand calme dans son chant et même si les notes graves lui posent parfois quelques problèmes, sa ligne de chant elle reste superbe. Que dire du ténor Arnold Rutkowski, annoncé souffrant après l’entre-acte ? Ne souhaitant pas m’étendre sur sa prestation, en raison de son état de santé, on peut quand même se demander si ce rôle est vraiment à sa portée. Dans des rôles beaucoup moins importants, il ne faut pas oublier de saluer les belles prestations de Lucie Roche, de Stanislas De Barbeyrac et de Marc Larcher qui ont mis tout leur cœur à retenir notre attention et qui y ont réussi. La mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia à défaut d’être exceptionnelle n’est pas ridicule ou choquante, ce qui devient assez rare pour être souligné. Les décors sont laids, quand ils ne sont pas inexistants, mais un grand merci à Katia Duflot pour ses superbes costumes qui savent nous plonger dans cet univers féérique que nous aimerions retrouver plus souvent.
Corinne LE GAC
Interprètes :
Burcu YUAR (Lucia)
Lucie ROCHE (Alisa)
Arnold RUTKOWSKI (Edgardo)
Gézim MYSHKETA (Enrico)
Stanislas de BARBEYRAC (Arturo)
Nicolas TESTE (Raimondo)
Direction musicale : Pierre IODICE (remplaçant Alain GUINGAL)
Mise en scène : Frédéric BELIER-GARCIA
Costumes : Katia DUFLOT
Lumières : Roberto VENTURI
Décors : Jacques GABEL
Chœur et orchestre de l’Opéra de Marseille