L’art de Grégoire Pont enchante L’Enfant et les sortilèges à l’Opéra de Lyon

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L’Enfant et les sortilèges à l’Opéra de Lyon. Crédit des photographies : Opéra de Lyon

L’Opéra de Lyon reprend pour sept représentations l’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel qui avait connu sa première en 2016 dans le concept vidéo de Grégoire Pont. L’oeuvre, de courte durée (moins d’une heure), souvent couplée à l`Heure espagnole du même compositeur ou au Nain d’Alexander von Zemlinsky, est ici présentée seule, sans doute pour permettre l’initiation à l’opéra d’un jeune public auquel la thématique du conte de Colette, qui en avait écrit le livret, convient particulièrement bien, avec son argument très simple combiné à la modernité de la musique du compositeur.

L’oeuvre, bien connue pour sa composition, est ici magnifiée par l’ingénieuse animation vidéo de Grégoire Pont projetée surtout sur un immense écran transparent de 11 mètres sur 7, derrière lequel est installé l’orchestre baigné dans une douce lumière mordorée. Peu ou pas de décors, des costumes gris simples et sobres, faits de matières réfléchissantes conçues pour recevoir au mieux les animations surtout projetées sur ou autour les chanteurs, des animations qui semblent émaner des chanteurs ou jouer avec eux, tourner autour d’eux ou assaillir le protagoniste, ce méchant enfant que sa mère fait bien de corriger en l’enfermant dans sa chambre, le livrant ainsi aux fantasmagories des objets qui s’animent pour dénoncer les dégâts qu’il a commis et le morigéner pour finalement le consoler quand il se repent de ses mésactions et tente d’en réparer les dommages. Le travail de Grégoire Pont, conjugué à la mise en espace de James Bonas, est confondant de précision et d’inventivité, il suit le tempo et les rythmes de la musique et du chant qu’il visualise et souligne. Ses lignes d’animation sont très simples et légères, ses images fantômatiques enchantent et captivent pendant toute la durée de la représentation et nous entraînent au pays des merveilles de Colette et de Ravel, magiciens du verbe et de la musique.

 L'Enfant et les sortilèges à l'Opéra de Lyon
L’Enfant et les sortilèges à l’Opéra de Lyon. Crédit des photographies : Opéra de Lyon

C’est à un ange philosophe que l’Opéra de Lyon a confié la direction de son orchestre. Titus Engel, qui  étudia autrefois la musicologie et la philosophie, a trouvé dans la musique la meilleure expression  de sa recherche du sens et de l’harmonie. La production extrêmement visuelle de Lyon a dû aussi rencontrer son amour du cinéma, – le chef suisse se serait en effet bien vu réalisateur de films. La chimie, l’alchimie assurément, ont visiblement bien passé entre le chef, l’orchestre et le concepteur vidéo, si l’on en croit les ors et les sortilèges de la représentation et le rendu du chef d’oeuvre d’orchestration qu’est la partition de L’Enfant et les sortilèges.

La distribution a donné l’occasion de découvrir les talents des jeunes solistes de l’opéra studio, le rôle de l’Enfant étant alternativement chanté par Clémence Poussin (excellente lors de la première de cette saison) et Beth Moxon, qui chantait ce soir-là la bergère et la chouette. Cette belle jeunesse fut soutenue par un public enthousiaste, composé pour la plus grande partie de jeunes qui n’ont pas vu passer la petite heure d’un spectacle qui fut un enchantement tant visuel que musical.

Luc-Henri Roger