Les Caprices de Marianne (Sauguet) a Marseille

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Les Caprices de Marian (Sauguet) a Marseille
Photo : OPERA DE MARSEILLE

Tout le monde (ou presque) connait l’œuvre d’Alfred de MUSSET écrite en 1833 et jouée à la Comédie Française le 14 juin 1851, mais combien de personnes savent qu’Henri SAUGUET en a tiré un opéra-comique ? Personnellement je l’ignorais et je suppose ne pas être la seule dans ce cas. On peut alors se poser la question suivante : pourquoi connaître l’œuvre de MUSSET et non celle de SAUGUET ?

L’opéra fut créé au Festival d’AIX EN PROVENCE en 1954 mais ne connut que peu de reprises dans les maisons d’Opéra françaises. L’ouvrage sans doute bouscule-t-il un peu nos habitudes, nous faisant sortir d’une forme de « routine » de répertoire qui peut alors nous dérouter. C’est aussi pour cette raison qu’on ne peut que remercier les 15 maisons d’Opéra qui ont eu l’idée (et le courage) de monter ce spectacle, prenant un risque qu’une grande maison comme l’Opéra de PARIS n’a pas osé prendre !!! Bravo donc à REIMS, METZ, MASSY… et MARSEILLE de nous faire découvrir cet ouvrage. D’ailleurs SAUGUET n’est pas un compositeur inconnu pour l’Opéra de MARSEILLE puisque « LA CHARTREUSE DE PARME » y avait été représentée avec succès en 2012, et l’on ne peut que regretter la trop courte carrière de cette superbe production. Une fois encore, hélas, le proverbe « nul n’est prophète en son pays » est plus que jamais d’actualité !

Pour en revenir à cette production qui se joue actuellement à l’Opéra de MARSEILLE, le public a répondu présent, remerciant et félicitant l’ensemble des protagonistes. Le décor unique (représentant la galerie UMBERTO 1er à NAPLES) est superbe, il est magnifiquement mis en lumières, les costumes mélangeant les époques sont très jolis à regarder, la mise en scène très lisible, les interprètes vocaux tous à leur place, la direction d’orchestre très attentive. Bravo à toute l’équipe de jeunes chanteurs, majoritairement français (le fait est si rare qu’il mérite d’être souligné), à l’exception de Zuzana MARKOVA dont on ne rate pourtant pas un seul mot de notre belle langue. Son interprétation toute en fierté, dédaigneuse à souhait, pédante, bref fort peu sympathique, est excellente. Sa voix est une ligne superbe dont elle fait ce qu’elle veut, toujours sans efforts apparents, donnant une grande impression de facilité. Elle écrase ainsi son « amoureux transis » qui n’a vraiment aucune chance de prétendre à quoi que ce soit. Il part battu d’avance, et pour employer un terme très actuel on pourrait le qualifier de looser ! Le seul personnage, haut en personnalité, capable de tenir tête à cette Marianne capricieuse est Octave. Le baryton Philippe-Nicolas MARTIN en dresse un portrait d’une justesse incroyable aussi bien vocalement que scéniquement : un nom à retenir ! Tous les autres chanteurs sont très à leurs places, avec notamment un excellent Raphaël BREMARD dans le trop court rôle de Tibia, un formidable Julien BREAN incarnant une duègne plus vraie que nature, et la merveilleuse Sarah LAULAN dont le timbre chaud ne peut que nous séduire. Concernant Cyril DUBOIS, il a des possibilités vocales qu’il n’exploite pas totalement et c’est dommage parce que le timbre est très agréable à écouter. Il devrait notamment corriger ce léger défaut qui consiste à retenir sa voix en fond de gorge, surtout dans les aigus.Tout cela suffit-il à en faire un spectacle passionnant ? Personnellement je répondrai « non ».

On se lasse rapidement de ces trop longs dialogues qui nous semblent aujourd’hui tellement démodés, on a du mal à rester concentré devant ces interventions trop brèves des intervenants. Beaucoup d’entrées et de sorties qui cassent le rythme, mais d’ailleurs y-a-t-il un rythme dans cet ouvrage ? J’aurais tendance à répondre « non » et c’est peut-être là que le bât blesse. Nous avons affaire à une ligne musicale monotone, sans rebondissements, à l’instar de l’histoire, qui finit par nous plonger dans un ennui progressif dont on a du mal à sortir.

Néanmoins je renouvelle mes félicitations à l’Opéra de MARSEILLE pour avoir osé se lancer dans cette aventure.

Corinne LE GAC, Opéra de MARSEILLE. Samedi 31 janvier 2015.