Le Ballet d´Etat de Bavière danse Pina Bausch

[:fr]

Le Ballet d´Etat de Bavière danse Pina Bausch
Le Ballet d´Etat de Bavière danse Pina Bausch. Crédit photographique: Wilfried Hösl

Le Bayerisches Staatsballett a longtemps attendu avant de pouvoir monter avec son propre ensemble une oeuvre de la chorégraphe de Wuppertal. Le directeur général de la danse, fasciné par une des oeuvres datant de la dernière période de création de la grande dame du Tanztheater (théâtre de danse) allemand, Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain, avait à de nombreuses reprises sollicité son accord pour cette entreprise. Mais Pina Bausch avait toujours tergiversé, elle allait y réfléchir, et la mort l´emporta sans qu´elle y eût consenti. Ce sont ses héritiers et la Fondation Pina Bausch qui ont fini par accéder à la demande munichoise. Dans leur chef, il s´agit de continuer de travailler dans l’esprit de Pina Bausch, mais d´une manière différente, soit en donnant des spectacles en collaboration avec d’autres théâtres, soit en confiant le répertoire à d’autres compagnies. 

L´entreprise est audacieuse et difficile. Aussi le Bayerisches Staatsballett y a-t-il travaillé de concert une année durant avec trois danseurs de la compagnie Pina Bausch pour initier son propre ensemble au Tanztheater dans l´esprit exact de Pina Bausch. Il s´agit par la danse et le jeu théâtral à la fois de communiquer la réalité dont le corps fait l’expérience, et d´exprimer le désir d´échapper à cette réalité échapper en créant l´ouverture d´un espace de rêve. 

L´oeuvre se décline selon une mouture fréquente des chorégraphies de Pina Bausch: une série de petites scènes, conçues avec une extrême attention aux détails, décrivent les émotions contradictoires qui émanent des rapports entre les êtres humains, le plus souvent lors de  la rencontre des deux sexes, avec une attention particulière attachée à l´érotisation de ces rapports. L´équilibre des rencontres est des plus précaire et mène à des déstabilisations qui sont souvent rattrapées in extremis, ce qui apparaît dès la première scène, très drôle, montrant deux hommes assis sur une table dont l´un, semblant toujours vouloir tomber, est de plus en plus tardivement rattrapé par l´autre qui le redresse. Pina Bausch travaille les point de rupture et de réconciliation.  La recherche scénographique et les décors semblent d´un minimalisme des plus rudilmentaires, mais sont en fait extrêmement élaborés, ce qui se remarque particulièrement lorsque les parois du vaste hall en forme de parallélépipède rectangle se mettent à valser ou par les trajectoires savamment agencées des déplacements des danseurs qui s´élancent sur des planches et des meubles à roulettes. Toute l´oeuvre est empreinte d´un humour dont la drôlerie tient des ficelles du théâtre comique traduites dans une gestuelle du langage de la danse. Typiques de l´oeuvre de Pina Bausch, les longues robes faites de voiles souvent transparents, en diverses matières soyeuses ou plastiques,  ou les costumes et les chemises flottantes  es hommes.

 L´amour et sa fragilité est de presque toutes les saynètes, cela va de la caresse légère au baiser, à l´enlacement ou davantage encore. Des amours variables où le changement de partenaires est fréquent et où les hommes semblent jouer le rôle dominant. L´amour ici dans l´esprit aussi de l´innocence de l´enfance, des enfants qui jouent et s´amusent, construisent en bande de grands châteaux de sable, s´amourachent de l´un.e puis de l´autre, et se déchirent aussi dans de grands ou plus souvent de petits drames, mais finissent par retourner à l´amour, toujours.

Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain fait surgir tous les possibles d´amours souvent adolescentes. Mais d´où vient donc cette impression que tout cela reste cependant triste et languissant? Peut-être cela vient-il, en partie, du fait, que dans cette chorégraphie à l´apparence si chaotique et désordonnée, les gestes se reproduisent cependant à l´infini, comme autant de leitmotivs lancinants qui structurent l´ensemble, et aussi que tous ces jeux sans cesse repris conduisent à des déceptions inéluctables, et que le chagrin est noyé dans leurs répétitions.

Le Bayerisches Staatsballet fait salle comble, mais la réception de l´oeuvre est diversement appréciée. Si l´on ne fait pas constamment attention aux détails, les 80 minutes de la première partie peuvent paraître longues, et les rangées se dépeuplent en partie lors de l´entracte. Restent les fervents qui n´ont pas été déçus par la plus grande vivacité de la deuxième moitié du spectacle. Si la représentation est tant soit peu ternie par le manque de professionnalisme de la troupe bavaroise dans le jeu théâtral, notamment pour ce qui concerne la diction et la projection de la voix, les remarquables danseurs et danseuses du Bayerisches Staatsballett ont donné une époustouflante représentation sur le plan de la danse, qui leur vaut au final une standing ovation crépitante.

Luc Roger

[:]